Saison 1 — Liminaire : carte, méthode, lexique mondial
8 cours sur 8Avant de partir, on pose la carte et la boussole : d'où vient le mot « vulnérabilité », pourquoi il est si jeune alors que l'expérience est immémoriale, et selon quelles règles cette série traversera trois millénaires sans annexer les pensées qu'elle visite.
Un concept récent, une expérience ancienne
Pourquoi « vulnérabilité » est un mot-clé récent de la philosophie alors que l'expérience qu'il nomme est immémoriale. Mise en place de la méthode de la série : sources vérifiées, controverses instruites, carte mondiale.
L'histoire écrite par les invulnérables
La thèse liminaire de la série : le canon philosophique a été écrit massivement depuis la position de ceux que leur situation protégeait — et cette position a façonné ce qui comptait comme problème.
La constellation lexicale mondiale : aucune langue n'a le mot
Vulnus, pathos, dukkha, rou : il n'y a pas un mot mais des constellations lexicales, et chaque langue découpe autrement l'exposition humaine. Tour du monde des vocabulaires avant le tour des doctrines.
La taxonomie de référence : inhérente, situationnelle, pathogène
La taxonomie de référence du débat contemporain : vulnérabilité inhérente, situationnelle, pathogène — sources, usages et limites de la grille de Mackenzie, Rogers et Dodds.
Ontologique ou situationnelle ? Le fil rouge de la série
La vulnérabilité est-elle la condition universelle des vivants ou la situation particulière de certains groupes ? Le débat structurant du champ, et pourquoi la série refusera de choisir trop vite.
Vulnérabilité et autonomie : repenser l'une par l'autre
Contre l'opposition reçue entre autonomie et vulnérabilité : les théories relationnelles de l'autonomie, et la vulnérabilité comme condition — non comme contraire — de la liberté.
Le paradoxe de la valorisation, et comment lire l'histoire à rebours
Valoriser la vulnérabilité risque toujours d'esthétiser la souffrance ou d'assigner les vulnérables à leur place. Le paradoxe de la valorisation, et la méthode que la série en tire.
Ce que notre méthode rend invisible
Saison 2 — Grèce : finitude, pathos, fragilité du bien
8 cours sur 8Au commencement du parcours, la Grèce pense la finitude sans détour : Achille l'invulnérable troué, le pathos qu'on subit, la fragilité d'un bonheur exposé à la fortune. La tragédie comme institution civique d'entraînement à la blessure.
Achille, ou l'invulnérabilité trouée
Achille, l'invulnérable troué : l'Iliade comme première méditation sur le blessable (trōtos), et le théorème tragique qui ouvre la saison grecque.
Pathos et paschein : subir comme structure
Pathos, paschein : subir. La grammaire grecque du pâtir, des présocratiques à la scène, et la naissance de la passion comme catégorie.
La tragédie et la tukhē : l'exposition du juste
La tragédie comme institution civique d'entraînement à la fragilité du bien : la tukhē, l'écart entre ce que l'agent maîtrise et ce que ses actes deviennent dans le monde.
Les Troyennes : la vulnérabilité dite depuis les vaincues
Les Troyennes d'Euripide : Hécube et les captives, la vulnérabilité des vaincues mise en scène devant la cité des vainqueurs — le théâtre comme contre-archive.
Platon : l'âme blessable et le projet d'invulnérabilité
Platon et l'âme blessable : l'attelage, la cire, la cité intérieure — et le premier grand programme de mise à l'abri du meilleur de nous-mêmes.
Aristote : les pathē, ou ce que sait celui qui s'émeut
Aristote et les pathē : la passion réhabilitée comme matériau de la vertu, la metriopatheia contre l'extirpation, et la Rhétorique comme première psychologie des émotions.
Aristote : la philia, ou le bonheur qui a besoin des autres
Philia, biens extérieurs, eudaimonia : pourquoi le bonheur aristotélicien a besoin de ce qui peut être perdu — la clause que toute la saison suivante voudra biffer.
Courage, mort, médecine : le bilan de la saison grecque
Le courage devant la mort, la médecine hippocratique devant le corps souffrant : bilan de la saison grecque et énoncé du théorème — plénitude et invulnérabilité ne se maximisent pas ensemble.
Saison 3 — Réponses antiques : l'invulnérabilité comme programme
7 cours sur 7Stoïciens, épicuriens, sceptiques, Plotin : l'Antiquité invente le grand programme d'invulnérabilité — la citadelle intérieure, l'anesthésie de la peur de mourir, le sage que rien n'atteint. Le parti adverse, dont la série suivra la longue victoire sur le canon.
La Stoa : le projet du sage invulnérable
Zénon, Chrysippe, et le projet du sage invulnérable : la vertu seul bien, la passion comme jugement, l'apatheia — la forteresse la plus exigeante jamais conçue, lue avec et contre Nussbaum.
Épictète : la citadelle intérieure
Épictète, l'esclave devenu maître : ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas — la citadelle intérieure comme exercice élémentaire, à hauteur de vie.
Sénèque et Marc Aurèle : consoler, se forteresser
Sénèque et Marc Aurèle : la consolation, la praemeditatio malorum, le journal d'exercices — la forteresse comme maintenance quotidienne, et son ambiguïté sociale.
Épicure : la mort n'est rien
Épicure et la plus célèbre anesthésie de l'Occident : la mort n'est rien pour nous. Le Jardin, le tétrapharmakon, Lucrèce et la peur inconsciente — et le verdict de Nussbaum : guérir la peur de mourir, est-ce encore aimer vivre ?
Sceptiques et cyniques : ne plus être atteint, n'avoir plus rien à perdre
Pyrrhon suspend le jugement, Diogène s'expose volontairement : la forteresse sans murs du sceptique et l'anti-forteresse du cynique — où la vulnérabilité devient, pour la première fois, une arme.
La critique de l'apatheia : tuer la passion, est-ce encore vivre ?
Le débat central de la saison, instruit comme un procès : tuer la passion, est-ce encore vivre une vie humaine ? Charges anthropologique, logique, morale et politique ; défenses ; verdict en deux temps.
Plotin, et le bilan : le parti de l'invulnérabilité
Plotin, ou l'invulnérabilité ontologique : le moi blessable n'est pas le moi réel. Puis le bilan-thèse de la saison : la philosophie antique comme parti de l'invulnérabilité, et ce que le canon a fait taire. Pont vers l'Inde.
Saison 4 — L'Inde : dukkha, non-soi, compassion
9 cours sur 9Dukkha, anicca, anattā : l'Inde fait de l'exposition le point de départ d'un chemin, non un scandale. Du Bouddha à Śāntideva, une pensée qui pousse la compassion à son comble — et dissout parfois le sujet même qui serait vulnérable.
Le pont entre la Grèce et l'Inde, et la carte indienne : dukkha, anicca, anattā
Ouverture de la saison indienne : le pont historique réel (gymnosophistes, Pyrrhon, le roi Milinda et le moine Nāgasena), puis la carte lexicale de l'Inde — dukkha, anicca, anattā, karuṇā — posée sans la traduire trop vite en « vulnérabilité ». Comparer sans annexer.
Gargi et Maitreyi : la question qui expose
Deux interlocutrices de Yājñavalkya dans la Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad : Gargi qui pousse la question jusqu'à l'avertissement, Maitreyī qui mesure la richesse à la mort. Le dire-vrai risqué et le soi (ātman) comme ce pour quoi tout est cher.
Les quatre rencontres du Bouddha : l'exposition universelle comme point de départ
Le vieillard, le malade, le mort, l'ascète : la légende des quatre rencontres lue avec Foucher, puis la première noble vérité du sermon de Bénarès — l'exposition universelle posée comme point de départ d'un chemin, non comme scandale.
Anattā : vulnérable sans substance
Le char de Nāgasena (Questions de Milinda) : s'il n'y a pas de soi substantiel, qui est blessé, qui souffre, qui libère-t-on ? L'anattā dissout le x blessable de la structure même du concept — la contestation la plus radicale de la série.
Kisā Gotamī et le Therīgāthā : les premières auteures de la condition exposée
Kisā Gotamī et la graine de moutarde : le Therīgāthā, recueil des moniales bouddhistes, parmi les plus anciens textes écrits par des femmes sur le deuil et la condition exposée.
La Bhagavad-Gītā : l'effondrement d'Arjuna
Arjuna s'effondre entre les deux armées : l'arc qui tombe devant ce que tuer veut dire. La réponse de Kṛṣṇa, l'action sans attachement au fruit — le détachement de la Gītā est-il une forteresse de plus, ou un autre geste ? Gītā contre Stoa.
Śāntideva : la karuṇā comme réponse, ou l'échange de soi et d'autrui
Le sommet éthique de la saison : si la souffrance est sans propriétaire (anattā), aucune douleur n'est « mienne » plutôt que « tienne » — toute souffrance oblige également. L'échange de soi et d'autrui de Śāntideva, l'argument le plus radical du geste de répondre.
Le jaïnisme : ahiṃsā, ou la blessure étendue à tout le vivant
Le jaïnisme étend la blessabilité à tout le vivant — jusqu'aux êtres de terre, d'eau, de feu. L'ahiṃsā comme discipline totale : vingt-cinq siècles avant les débats de la saison « Les sans-voix ». Contrepoint matérialiste des Cārvāka.
Les mystiques bhakti : Akka Mahadevi, Lalla, Mirabai — et le bilan de la saison indienne
Lal Ded, Akka Mahadevi, Mirabai : l'exposition volontaire comme voie, écrite par des femmes. Puis le bilan de la saison indienne — l'Inde tient ensemble se libérer de la blessure et répondre à celle des autres, que les écoles hellénistiques avaient séparés.
Saison 5 — La Chine : le souple l'emporte sur le dur
8 cours sur 8Le souple l'emporte sur le dur. De Mencius à Laozi et Zhuangzi, une civilisation où la force du faible n'a jamais été un paradoxe, et où répondre à la fragilité d'autrui s'organise en rites, en piété filiale et en compassion.
Le pont vers la Chine, ou la carte du souple et du faible
Ouverture de la saison chinoise : poser la carte du souple (rou), du faible (ruo) et du cœur qui ne supporte pas (ceyin zhi xin) sans la traduire en « vulnérabilité ». La question chinoise n'est pas qu'est-ce que la vulnérabilité, mais comment répondre et comment durer.
Mencius : l'enfant au bord du puits, ou la commisération comme germe
Mencius et l'enfant au bord du puits : le cœur qui ne supporte pas (ceyin zhi xin), ou la commisération comme germe de l'humanité. L'anti-Hobbes avec deux mille ans d'avance.
Confucius : le deuil et les rites, ou la juste mesure de la perte
Confucius, le deuil et les rites : les trois ans de deuil, les pleurs sur Yan Hui. Le li comme juste mesure de la perte — la vulnérabilité ni niée ni exhibée, mais mise en forme, contre l'extirpation stoïcienne.
La piété filiale et la dépendance des âges
Le xiao, la piété filiale : le soin des parents vieillissants comme institution. Une civilisation organisée autour de la dépendance mutuelle des âges, là où d'autres rêveront d'autosuffisance.
Laozi : l'eau, le nourrisson, le mort raide
Laozi et le grand renversement : rien de plus mou que l'eau, et rien ne l'emporte sur elle ; le vivant est souple, le mort est raide. Le retournement de la faiblesse en force — mais immanent, sans théologie ni rédemption, à la différence de Paul.
Zhuangzi : les maîtres difformes et la mort de l'épouse
Zhuangzi pousse le consentement à son point le plus pur : les difformes qui vivent pleinement, l'arbre inutile qu'on n'abat pas, le sage qui chante à la mort de son épouse. Consentir à la transformation — sagesse suprême ou anesthésie ?
Guanyin : celle qui entend les cris du monde
Guanyin, celle qui entend les cris du monde : la compassion bouddhiste sinisée, du bodhisattva indien Avalokiteśvara à la figure féminine du soin. La vulnérabilité d'autrui non plus seulement vue, mais entendue.
Bilan de la saison chinoise : répondre et durer
Bilan de la saison chinoise : répondre (Mencius, Confucius, Guanyin) et durer-consentir (Laozi, Zhuangzi). Un monde où la force du faible n'a jamais été un paradoxe, comparé à la Grèce, à l'Inde et au concept même de vulnérabilité.
Saison 6 — Monothéismes : la faiblesse devant l'absolu
11 cours sur 11Veuve, orphelin, étranger : la loi invente le vulnérable comme catégorie de droit. Job crie sa plainte légitime, Paul retourne la faiblesse en puissance, et des femmes mystiques font de l'anéantissement une voie de connaissance et une autorité.
La triade veuve-orphelin-étranger, ou le vulnérable inscrit dans la loi
La Torah invente le « vulnérable » comme catégorie de droit : la triade veuve-orphelin-étranger protégée par la loi, fondée sur la mémoire « car vous avez été étrangers en Égypte ». La racine, lointaine, de Levinas.
Job et les lamentations, ou la plainte qui monte jusqu'à l'accusé
Job, la plainte légitime du juste contre la théodicée facile ; les Psaumes, un canon qui inclut le cri. Ici la vulnérabilité n'est ni niée ni surmontée : elle est dite, portée jusqu'à Dieu comme une accusation.
Kenōsis : la puissance dans la faiblesse, ou le dieu qui se vide
Le retournement vertical de la faiblesse : Dieu qui se vide (Philippiens 2), « ma puissance s'accomplit dans la faiblesse » (2 Corinthiens 12). Le geste de Laozi, mais dans l'ordre du salut — et déjà la cible du soupçon de Nietzsche.
Augustin : l'intériorité fissurée
Avec Augustin, la blessure devient intérieure : la volonté divisée (« je veux et je ne veux pas »), l'âme opaque à elle-même, dépendante d'une grâce qu'elle ne peut se donner. Une intériorité vulnérable, inaugurale pour la modernité.
Hypatie d'Alexandrie : le corps tuable de la philosophie
Hypatie d'Alexandrie, héritière de Plotin, lynchée en 415 : le contraste tragique entre l'âme déclarée invulnérable du sage néoplatonicien et le corps, lui, parfaitement tuable — surtout celui d'une femme qui philosophe en public.
L'islam : l'être humain a été créé faible, ou le faqr comme voie
« L'être humain a été créé faible » (Coran 4,28). Le soufisme retourne cette faiblesse en voie : le faqr, la pauvreté devant Dieu, le tawakkul. Rabi'a qui veut aimer Dieu sans crainte de l'enfer — un troisième visage du retournement, l'effacement du sujet.
Maïmonide : lire Job, ou la plainte changée en savoir
Maïmonide relit Job dans le Guide des égarés comme une parabole : nos catégories de justice ne s'appliquent pas à Dieu, le mal tient à la matière. Le savoir circule entre les trois monothéismes — mais cette lecture sauve-t-elle le cri de Job ou le recouvre-t-elle ?
Thomas d'Aquin : natura vulnerata, ou la nature blessée non détruite
Thomas d'Aquin, lecteur d'Aristote rendu par les Arabes : la nature humaine est blessée par le péché (natura vulnerata) mais non détruite ; la grâce guérit la nature sans l'abolir. Une vulnérabilité raisonnable — peut-être trop.
Les mystiques, voix de femmes
Les mystiques femmes font de la maladie et de l'anéantissement une voie de connaissance et une autorité, hors des institutions qui leur sont fermées : Julian de Norwich (« tout finira bien », Dieu-Mère), Hildegarde, Porete brûlée pour avoir écrit.
Christine de Pizan : Fortune et la Cité des Dames
Christine de Pizan, veuve devenue la première femme à vivre de sa plume : la Cité des Dames contre la calomnie misogyne. La faiblesse des femmes fait basculer du statut de nature à celui de condition fabriquée — avant Wollstonecraft et Gouges.
La contre-lecture nietzschéenne, ou le grand soupçon — bilan de la saison
Nietzsche met en procès tout le geste : la valorisation de la faiblesse comme « morale des esclaves » et ressentiment. Puis le bilan des monothéismes — la vulnérabilité comme droit, parole, puissance retournée, intériorité, voie pour des femmes.
Saison 7 — Modernité : le sujet souverain et ses fissures
12 cours sur 12Le sujet souverain se construit — cogito, autonomie, conatus — et se fissure aussitôt : Montaigne avoue sa fragilité, Pascal pense en roseau, Élisabeth oppose le corps à Descartes, Wollstonecraft et Gouges révèlent la fragilité fabriquée.
Montaigne : l'aveu de fragilité comme méthode
Montaigne fait de l'aveu de sa propre fragilité une méthode : « Que sais-je ? », le corps malade, la mort apprivoisée. Une modernité de l'humilité, contre la forteresse stoïcienne et contre le sujet souverain qui va se construire.
Valladolid 1550 : qui est pleinement blessable ?
La controverse de Valladolid (1550) : les Indiens d'Amérique sont-ils pleinement humains, donc pleinement blessables ? Las Casas contre Sepúlveda. Ici naît, refoulé, le geste politique : la vulnérabilité infligée et inégalement distribuée.
Kandiaronk et Lahontan : la critique qui vient de l'autre rive
Kandiaronk, chef wendat, dont la voix passe par les Dialogues de Lahontan : la critique de la « civilisation » qui fabrique la misère — l'argent, la propriété, les rangs. Pour une fois, la critique vient de l'autre rive. Mais qui parle vraiment ?
Pascal : le roseau pensant, ou la dignité dans la misère
Le roseau pensant : l'homme, le plus faible de la nature, mais qui sait qu'il meurt quand l'univers l'ignore. Misère et grandeur indissociables — la vulnérabilité comme lieu même de la dignité, contre la forteresse du cogito.
Descartes & Élisabeth de Bohême : la princesse malade contre le moi sans corps
Élisabeth de Bohême, princesse malade, force le dualisme cartésien à affronter l'union de l'âme et du corps : comment une pensée sans étendue meut-elle un corps, comment la tristesse rend-elle malade ? Co-autrice des Passions de l'âme, effacée par l'histoire.
Suchon & Sor Juana : le droit de penser
Deux femmes, deux continents, la même décennie : Gabrielle Suchon (le célibat volontaire comme liberté de penser) et Sor Juana Inés de la Cruz (le droit des femmes au savoir, puis réduite au silence). La vulnérabilité de la pensée née dans un corps de femme.
Spinoza : le conatus exposé, ou la force qui dit aussi l'exposition
Le conatus : chaque chose s'efforce de persévérer dans son être — mais l'homme, partie de la Nature, est infiniment surpassable, ballotté par ses affects. La libération n'est pas l'invulnérabilité mais la connaissance qui transforme les passions subies en puissance d'agir.
Hobbes : l'égale vulnérabilité au meurtre
Chez Hobbes, le plus faible peut tuer le plus fort : l'égalité fondatrice est une égale exposition à la mort violente. La peur fait sortir de l'état de nature vers le Léviathan — une racine de la pensée politique de la vulnérabilité, dont Hobbes tire l'absolutisme.
Rousseau : pitié et perfectibilité, ou la faiblesse comme lien
Contre Hobbes, Rousseau pose la pitié — la répugnance à voir souffrir son semblable — comme lien originaire (un écho de Mencius). Et la perfectibilité : l'homme naît plus démuni que l'animal, et cette faiblesse le rend éducable — mais aussi corruptible.
Wollstonecraft & Olympe de Gouges : la fragilité fabriquée
La « délicatesse » des femmes n'est pas naturelle mais produite par l'éducation (Wollstonecraft) : la première grande théorie de la vulnérabilité fabriquée. Olympe de Gouges l'inscrit dans le droit — et le paie de sa tête : la parole exposée au sens littéral.
Kant : finitude et dignité, ou pourquoi un être parfait n'aurait pas de devoir
Kant fonde la dignité sur l'autonomie rationnelle : la personne a une valeur sans prix, fin en soi. Mais le devoir lui-même atteste notre finitude. Ce fondement protège-t-il chaque personne, ou exclut-il ceux dont la raison est altérée — l'enfant, le dément ?
La lutte pour la reconnaissance, ou la vulnérabilité comme moteur de l'histoire — bilan de la saison
La dialectique du maître et de l'esclave : c'est l'esclave, par la peur de la mort et le travail, qui accède à la liberté — la vulnérabilité comme moteur de l'histoire. Bilan de la modernité, et coda : Louise Michel au procès de la Commune, qui réclame sa part.
Éclaireurs des saisons à venir
18 cours d'avant-gardePeirce et le pragmatisme : l'univers exposé au hasard
Arendt : la fragilité de l'action et le droit d'avoir des droits
Levinas : vulnérabilité, otage, substitution
Foucault : la biopolitique, ou la vulnérabilité prise en charge
Ouverture des politiques de la vulnérabilité — Foucault et la biopolitique : quand le pouvoir prend en charge la vie, la vulnérabilité devient une catégorie de gouvernement.