Saison 1 — Liminaire : carte, méthode, lexique mondial
8 cours sur 8Avant de partir, on pose la carte et la boussole : d'où vient le mot « vulnérabilité », pourquoi il est si jeune alors que l'expérience est immémoriale, et selon quelles règles cette série traversera trois millénaires sans annexer les pensées qu'elle visite.

La Roue de la Fortune (début XIIIe s.)
Un concept récent, une expérience ancienne
Pourquoi « vulnérabilité » est un mot-clé récent de la philosophie alors que l'expérience qu'il nomme est immémoriale. Mise en place de la méthode de la série : sources vérifiées, controverses instruites, carte mondiale.

Clio, muse de l'Histoire (1878)
L'histoire écrite par les invulnérables
La thèse liminaire de la série : le canon philosophique a été écrit massivement depuis la position de ceux que leur situation protégeait — et cette position a façonné ce qui comptait comme problème.

Typus Orbis Terrarum (1570)
La constellation lexicale mondiale : aucune langue n'a le mot
Vulnus, pathos, dukkha, rou : il n'y a pas un mot mais des constellations lexicales, et chaque langue découpe autrement l'exposition humaine. Tour du monde des vocabulaires avant le tour des doctrines.

Prosobranchia (1904)
La taxonomie de référence : inhérente, situationnelle, pathogène
La taxonomie de référence du débat contemporain : vulnérabilité inhérente, situationnelle, pathogène — sources, usages et limites de la grille de Mackenzie, Rogers et Dodds.
Ontologique ou situationnelle ? Le fil rouge de la série
La vulnérabilité est-elle la condition universelle des vivants ou la situation particulière de certains groupes ? Le débat structurant du champ, et pourquoi la série refusera de choisir trop vite.

La Liberté guidant le peuple (1830)
Vulnérabilité et autonomie : repenser l'une par l'autre
Contre l'opposition reçue entre autonomie et vulnérabilité : les théories relationnelles de l'autonomie, et la vulnérabilité comme condition — non comme contraire — de la liberté.

Pietà (vers 1465)
Le paradoxe de la valorisation, et comment lire l'histoire à rebours
Valoriser la vulnérabilité risque toujours d'esthétiser la souffrance ou d'assigner les vulnérables à leur place. Le paradoxe de la valorisation, et la méthode que la série en tire.

La Vérité (1870)
Ce que notre méthode rend invisible
Saison 2 — Grèce : finitude, pathos, fragilité du bien
10 cours sur 8Au commencement du parcours, la Grèce pense la finitude sans détour : Achille l'invulnérable troué, le pathos qu'on subit, la fragilité d'un bonheur exposé à la fortune. La tragédie comme institution civique d'entraînement à la blessure.

Achille traînant le corps d'Hector, kylix attique (v. 490 av. J.-C.)
Achille, ou l'invulnérabilité trouée
Achille, l'invulnérable troué : l'Iliade comme première méditation sur le blessable (trōtos), et le théorème tragique qui ouvre la saison grecque.
Pathos et paschein : subir comme structure
Pathos, paschein : subir. La grammaire grecque du pâtir, des présocratiques à la scène, et la naissance de la passion comme catégorie.

Œdipe explique l'énigme du sphinx (1808)
La tragédie et la tukhē : l'exposition du juste
La tragédie comme institution civique d'entraînement à la fragilité du bien : la tukhē, l'écart entre ce que l'agent maîtrise et ce que ses actes deviennent dans le monde.

Les Troyennes mettant le feu à leur flotte (v. 1643)
Les Troyennes : la vulnérabilité dite depuis les vaincues
Les Troyennes d'Euripide : Hécube et les captives, la vulnérabilité des vaincues mise en scène devant la cité des vainqueurs — le théâtre comme contre-archive.

Protagoras (1637)
Protagoras : la triple nudité humaine et le rêve de la mesure
Protagoras : l'homme naît trois fois nu — du corps, de la cité, du savoir — et y répond par la technique, par aidōs et dikē donnés également à tous, et par l'art de la mesure : premier rêve de neutraliser la fortune par le savoir.

La Mort de Socrate (1787)
Socrate : l'ignorance exposée et l'invention de la vertu invulnérable
Socrate tient les deux bouts : l'ignorance assumée comme exposition (elenchos, ironie, aporie) et la thèse que l'homme bon ne peut subir de mal — première invulnérabilité morale, germe de la citadelle stoïcienne, scellée par le procès et la ciguë.

Platon et Aristote, L'École d'Athènes (1509-1511)
Platon : l'âme blessable et le projet d'invulnérabilité
Platon et l'âme blessable : l'attelage, la cire, la cité intérieure — et le premier grand programme de mise à l'abri du meilleur de nous-mêmes.

Buste d'Aristote, Palais Altemps
Aristote : les pathē, ou ce que sait celui qui s'émeut
Aristote et les pathē : la passion réhabilitée comme matériau de la vertu, la metriopatheia contre l'extirpation, et la Rhétorique comme première psychologie des émotions.

Aristote précepteur d'Alexandre (1895)
Aristote : la philia, ou le bonheur qui a besoin des autres
Philia, biens extérieurs, eudaimonia : pourquoi le bonheur aristotélicien a besoin de ce qui peut être perdu — la clause que toute la saison suivante voudra biffer.

Hippocrate, père de la médecine
Courage, mort, médecine : le bilan de la saison grecque
Le courage devant la mort, la médecine hippocratique devant le corps souffrant : bilan de la saison grecque et énoncé du théorème — plénitude et invulnérabilité ne se maximisent pas ensemble.
Saison 3 — Réponses antiques : l'invulnérabilité comme programme
7 cours sur 7Stoïciens, épicuriens, sceptiques, Plotin : l'Antiquité invente le grand programme d'invulnérabilité — la citadelle intérieure, l'anesthésie de la peur de mourir, le sage que rien n'atteint. Le parti adverse, dont la série suivra la longue victoire sur le canon.

Zénon de Cition, Chronique de Nuremberg (1493)
La Stoa : le projet du sage invulnérable
Zénon, Chrysippe, et le projet du sage invulnérable : la vertu seul bien, la passion comme jugement, l'apatheia — la forteresse la plus exigeante jamais conçue, lue avec et contre Nussbaum.

Épictète, philosophe stoïcien
Épictète : la citadelle intérieure
Épictète, l'esclave devenu maître : ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas — la citadelle intérieure comme exercice élémentaire, à hauteur de vie.

Buste de Marc Aurèle
Sénèque et Marc Aurèle : consoler, se forteresser
Sénèque et Marc Aurèle : la consolation, la praemeditatio malorum, le journal d'exercices — la forteresse comme maintenance quotidienne, et son ambiguïté sociale.

Buste d'Épicure
Épicure : la mort n'est rien
Épicure et la plus célèbre anesthésie de l'Occident : la mort n'est rien pour nous. Le Jardin, le tétrapharmakon, Lucrèce et la peur inconsciente — et le verdict de Nussbaum : guérir la peur de mourir, est-ce encore aimer vivre ?

Diogène (1860)
Sceptiques et cyniques : ne plus être atteint, n'avoir plus rien à perdre
Pyrrhon suspend le jugement, Diogène s'expose volontairement : la forteresse sans murs du sceptique et l'anti-forteresse du cynique — où la vulnérabilité devient, pour la première fois, une arme.

Buste de Chrysippe, stoïcien
La critique de l'apatheia : tuer la passion, est-ce encore vivre ?
Le débat central de la saison, instruit comme un procès : tuer la passion, est-ce encore vivre une vie humaine ? Charges anthropologique, logique, morale et politique ; défenses ; verdict en deux temps.

Tête présumée de Plotin (IIIe s.)
Plotin, et le bilan : le parti de l'invulnérabilité
Plotin, ou l'invulnérabilité ontologique : le moi blessable n'est pas le moi réel. Puis le bilan-thèse de la saison : la philosophie antique comme parti de l'invulnérabilité, et ce que le canon a fait taire. Pont vers l'Inde.
Saison 4 — L'Inde : dukkha, non-soi, compassion
9 cours sur 9Dukkha, anicca, anattā : l'Inde fait de l'exposition le point de départ d'un chemin, non un scandale. Du Bouddha à Śāntideva, une pensée qui pousse la compassion à son comble — et dissout parfois le sujet même qui serait vulnérable.

Bouddha assis gréco-bouddhique (v. 300 ap. J.-C.)
Le pont entre la Grèce et l'Inde, et la carte indienne : dukkha, anicca, anattā
Ouverture de la saison indienne : le pont historique réel (gymnosophistes, Pyrrhon, le roi Milinda et le moine Nāgasena), puis la carte lexicale de l'Inde — dukkha, anicca, anattā, karuṇā — posée sans la traduire trop vite en « vulnérabilité ». Comparer sans annexer.

Sarasvatī, déesse de la connaissance
Gargi et Maitreyi : la question qui expose
Deux interlocutrices de Yājñavalkya dans la Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad : Gargi qui pousse la question jusqu'à l'avertissement, Maitreyī qui mesure la richesse à la mort. Le dire-vrai risqué et le soi (ātman) comme ce pour quoi tout est cher.

Le Grand Départ du prince Siddhārta (IIe-IIIe s.)
Les quatre rencontres du Bouddha : l'exposition universelle comme point de départ
Le vieillard, le malade, le mort, l'ascète : la légende des quatre rencontres lue avec Foucher, puis la première noble vérité du sermon de Bénarès — l'exposition universelle posée comme point de départ d'un chemin, non comme scandale.

Drachme de Ménandre Ier Sôter (IIe s. av. J.-C.)
Anattā : vulnérable sans substance
Le char de Nāgasena (Questions de Milinda) : s'il n'y a pas de soi substantiel, qui est blessé, qui souffre, qui libère-t-on ? L'anattā dissout le x blessable de la structure même du concept — la contestation la plus radicale de la série.

Bouddha enseignant, dynastie Kushan (IIe-IIIe s.)
Kisā Gotamī et le Therīgāthā : les premières auteures de la condition exposée
Kisā Gotamī et la graine de moutarde : le Therīgāthā, recueil des moniales bouddhistes, parmi les plus anciens textes écrits par des femmes sur le deuil et la condition exposée.

Krishna et Arjuna sur le char, Mahābhārata (XVIIIe-XIXe s.)
La Bhagavad-Gītā : l'effondrement d'Arjuna
Arjuna s'effondre entre les deux armées : l'arc qui tombe devant ce que tuer veut dire. La réponse de Kṛṣṇa, l'action sans attachement au fruit — le détachement de la Gītā est-il une forteresse de plus, ou un autre geste ? Gītā contre Stoa.

Bodhisattva de la compassion (v. 550-560)
Śāntideva : la karuṇā comme réponse, ou l'échange de soi et d'autrui
Le sommet éthique de la saison : si la souffrance est sans propriétaire (anattā), aucune douleur n'est « mienne » plutôt que « tienne » — toute souffrance oblige également. L'échange de soi et d'autrui de Śāntideva, l'argument le plus radical du geste de répondre.

La Naissance de Mahāvīra (début XVIe s.)
Le jaïnisme : ahiṃsā, ou la blessure étendue à tout le vivant
Le jaïnisme étend la blessabilité à tout le vivant — jusqu'aux êtres de terre, d'eau, de feu. L'ahiṃsā comme discipline totale : vingt-cinq siècles avant les débats de la saison « Les sans-voix ». Contrepoint matérialiste des Cārvāka.

Mirabai (avant 1906)
Les mystiques bhakti : Akka Mahadevi, Lalla, Mirabai — et le bilan de la saison indienne
Lal Ded, Akka Mahadevi, Mirabai : l'exposition volontaire comme voie, écrite par des femmes. Puis le bilan de la saison indienne — l'Inde tient ensemble se libérer de la blessure et répondre à celle des autres, que les écoles hellénistiques avaient séparés.
Saison 5 — La Chine : le souple l'emporte sur le dur
8 cours sur 8Le souple l'emporte sur le dur. De Mencius à Laozi et Zhuangzi, une civilisation où la force du faible n'a jamais été un paradoxe, et où répondre à la fragilité d'autrui s'organise en rites, en piété filiale et en compassion.

Voyageurs parmi monts et torrents (Song, v. 1000)
Le pont vers la Chine, ou la carte du souple et du faible
Ouverture de la saison chinoise : poser la carte du souple (rou), du faible (ruo) et du cœur qui ne supporte pas (ceyin zhi xin) sans la traduire en « vulnérabilité ». La question chinoise n'est pas qu'est-ce que la vulnérabilité, mais comment répondre et comment durer.

Portrait de Mencius (Meng Ke), dynastie Yuan
Mencius : l'enfant au bord du puits, ou la commisération comme germe
Mencius et l'enfant au bord du puits : le cœur qui ne supporte pas (ceyin zhi xin), ou la commisération comme germe de l'humanité. L'anti-Hobbes avec deux mille ans d'avance.

Portrait de Confucius, dynastie Yuan
Confucius : le deuil et les rites, ou la juste mesure de la perte
Confucius, le deuil et les rites : les trois ans de deuil, les pleurs sur Yan Hui. Le li comme juste mesure de la perte — la vulnérabilité ni niée ni exhibée, mais mise en forme, contre l'extirpation stoïcienne.

Le Classique de la piété filiale (Song, XIe s.)
La piété filiale et la dépendance des âges
Le xiao, la piété filiale : le soin des parents vieillissants comme institution. Une civilisation organisée autour de la dépendance mutuelle des âges, là où d'autres rêveront d'autosuffisance.

Laozi chevauchant un buffle (Ming)
Laozi : l'eau, le nourrisson, le mort raide
Laozi et le grand renversement : rien de plus mou que l'eau, et rien ne l'emporte sur elle ; le vivant est souple, le mort est raide. Le retournement de la faiblesse en force — mais immanent, sans théologie ni rédemption, à la différence de Paul.

Le rêve du papillon de Zhuangzi (XVIIIe s.)
Zhuangzi : les maîtres difformes et la mort de l'épouse
Zhuangzi pousse le consentement à son point le plus pur : les difformes qui vivent pleinement, l'arbre inutile qu'on n'abat pas, le sage qui chante à la mort de son épouse. Consentir à la transformation — sagesse suprême ou anesthésie ?

Guanyin aux mille bras (Song, XIIe s.)
Guanyin : celle qui entend les cris du monde
Guanyin, celle qui entend les cris du monde : la compassion bouddhiste sinisée, du bodhisattva indien Avalokiteśvara à la figure féminine du soin. La vulnérabilité d'autrui non plus seulement vue, mais entendue.

Pêcheur solitaire sur le lac glacé (1195, Song)
Bilan de la saison chinoise : répondre et durer
Bilan de la saison chinoise : répondre (Mencius, Confucius, Guanyin) et durer-consentir (Laozi, Zhuangzi). Un monde où la force du faible n'a jamais été un paradoxe, comparé à la Grèce, à l'Inde et au concept même de vulnérabilité.
Saison 6 — Monothéismes : la faiblesse devant l'absolu
11 cours sur 11Veuve, orphelin, étranger : la loi invente le vulnérable comme catégorie de droit. Job crie sa plainte légitime, Paul retourne la faiblesse en puissance, et des femmes mystiques font de l'anéantissement une voie de connaissance et une autorité.

Ruth (1853)
La triade veuve-orphelin-étranger, ou le vulnérable inscrit dans la loi
La Torah invente le « vulnérable » comme catégorie de droit : la triade veuve-orphelin-étranger protégée par la loi, fondée sur la mémoire « car vous avez été étrangers en Égypte ». La racine, lointaine, de Levinas.

Job (1880), musée d'Orsay
Job et les lamentations, ou la plainte qui monte jusqu'à l'accusé
Job, la plainte légitime du juste contre la théodicée facile ; les Psaumes, un canon qui inclut le cri. Ici la vulnérabilité n'est ni niée ni surmontée : elle est dite, portée jusqu'à Dieu comme une accusation.

Autoportrait en apôtre Paul (1661)
Kenōsis : la puissance dans la faiblesse, ou le dieu qui se vide
Le retournement vertical de la faiblesse : Dieu qui se vide (Philippiens 2), « ma puissance s'accomplit dans la faiblesse » (2 Corinthiens 12). Le geste de Laozi, mais dans l'ordre du salut — et déjà la cible du soupçon de Nietzsche.

Saint Augustin (v. 1645-1650)
Augustin : l'intériorité fissurée
Avec Augustin, la blessure devient intérieure : la volonté divisée (« je veux et je ne veux pas »), l'âme opaque à elle-même, dépendante d'une grâce qu'elle ne peut se donner. Une intériorité vulnérable, inaugurale pour la modernité.

Hypatia (1885)
Hypatie d'Alexandrie : le corps tuable de la philosophie
Hypatie d'Alexandrie, héritière de Plotin, lynchée en 415 : le contraste tragique entre l'âme déclarée invulnérable du sage néoplatonicien et le corps, lui, parfaitement tuable — surtout celui d'une femme qui philosophe en public.

Derviches en danse soufie (Shiraz, v. 1560)
L'islam : l'être humain a été créé faible, ou le faqr comme voie
« L'être humain a été créé faible » (Coran 4,28). Le soufisme retourne cette faiblesse en voie : le faqr, la pauvreté devant Dieu, le tawakkul. Rabi'a qui veut aimer Dieu sans crainte de l'enfer — un troisième visage du retournement, l'effacement du sujet.

Portrait de Moïse Maïmonide (v. 1744)
Maïmonide : lire Job, ou la plainte changée en savoir
Maïmonide relit Job dans le Guide des égarés comme une parabole : nos catégories de justice ne s'appliquent pas à Dieu, le mal tient à la matière. Le savoir circule entre les trois monothéismes — mais cette lecture sauve-t-elle le cri de Job ou le recouvre-t-elle ?

Saint Thomas d'Aquin (1476)
Thomas d'Aquin : natura vulnerata, ou la nature blessée non détruite
Thomas d'Aquin, lecteur d'Aristote rendu par les Arabes : la nature humaine est blessée par le péché (natura vulnerata) mais non détruite ; la grâce guérit la nature sans l'abolir. Une vulnérabilité raisonnable — peut-être trop.

Hildegarde de Bingen recevant une vision (v. 1175)
Les mystiques, voix de femmes
Les mystiques femmes font de la maladie et de l'anéantissement une voie de connaissance et une autorité, hors des institutions qui leur sont fermées : Julian de Norwich (« tout finira bien », Dieu-Mère), Hildegarde, Porete brûlée pour avoir écrit.

Christine de Pizan (v. 1410)
Christine de Pizan : Fortune et la Cité des Dames
Christine de Pizan, veuve devenue la première femme à vivre de sa plume : la Cité des Dames contre la calomnie misogyne. La faiblesse des femmes fait basculer du statut de nature à celui de condition fabriquée — avant Wollstonecraft et Gouges.

Friedrich Nietzsche (1882)
La contre-lecture nietzschéenne, ou le grand soupçon — bilan de la saison
Nietzsche met en procès tout le geste : la valorisation de la faiblesse comme « morale des esclaves » et ressentiment. Puis le bilan des monothéismes — la vulnérabilité comme droit, parole, puissance retournée, intériorité, voie pour des femmes.
Saison 7 — Modernité : le sujet souverain et ses fissures
12 cours sur 12Le sujet souverain se construit — cogito, autonomie, conatus — et se fissure aussitôt : Montaigne avoue sa fragilité, Pascal pense en roseau, Élisabeth oppose le corps à Descartes, Wollstonecraft et Gouges révèlent la fragilité fabriquée.

Michel de Montaigne
Montaigne : l'aveu de fragilité comme méthode
Montaigne fait de l'aveu de sa propre fragilité une méthode : « Que sais-je ? », le corps malade, la mort apprivoisée. Une modernité de l'humilité, contre la forteresse stoïcienne et contre le sujet souverain qui va se construire.

Bartolomé de Las Casas (XVIe s.)
Valladolid 1550 : qui est pleinement blessable ?
La controverse de Valladolid (1550) : les Indiens d'Amérique sont-ils pleinement humains, donc pleinement blessables ? Las Casas contre Sepúlveda. Ici naît, refoulé, le geste politique : la vulnérabilité infligée et inégalement distribuée.

Frontispice (1705)
Kandiaronk et Lahontan : la critique qui vient de l'autre rive
Kandiaronk, chef wendat, dont la voix passe par les Dialogues de Lahontan : la critique de la « civilisation » qui fabrique la misère — l'argent, la propriété, les rangs. Pour une fois, la critique vient de l'autre rive. Mais qui parle vraiment ?

Blaise Pascal (château de Versailles)
Pascal : le roseau pensant, ou la dignité dans la misère
Le roseau pensant : l'homme, le plus faible de la nature, mais qui sait qu'il meurt quand l'univers l'ignore. Misère et grandeur indissociables — la vulnérabilité comme lieu même de la dignité, contre la forteresse du cogito.

René Descartes (1649, Louvre)
Descartes & Élisabeth de Bohême : la princesse malade contre le moi sans corps
Élisabeth de Bohême, princesse malade, force le dualisme cartésien à affronter l'union de l'âme et du corps : comment une pensée sans étendue meut-elle un corps, comment la tristesse rend-elle malade ? Co-autrice des Passions de l'âme, effacée par l'histoire.

Sor Juana Inés de la Cruz (v. 1750)
Suchon & Sor Juana : le droit de penser
Deux femmes, deux continents, la même décennie : Gabrielle Suchon (le célibat volontaire comme liberté de penser) et Sor Juana Inés de la Cruz (le droit des femmes au savoir, puis réduite au silence). La vulnérabilité de la pensée née dans un corps de femme.

Baruch Spinoza (v. 1665)
Spinoza : le conatus exposé, ou la force qui dit aussi l'exposition
Le conatus : chaque chose s'efforce de persévérer dans son être — mais l'homme, partie de la Nature, est infiniment surpassable, ballotté par ses affects. La libération n'est pas l'invulnérabilité mais la connaissance qui transforme les passions subies en puissance d'agir.

Thomas Hobbes
Hobbes : l'égale vulnérabilité au meurtre
Chez Hobbes, le plus faible peut tuer le plus fort : l'égalité fondatrice est une égale exposition à la mort violente. La peur fait sortir de l'état de nature vers le Léviathan — une racine de la pensée politique de la vulnérabilité, dont Hobbes tire l'absolutisme.

Jean-Jacques Rousseau (v. 1753)
Rousseau : pitié et perfectibilité, ou la faiblesse comme lien
Contre Hobbes, Rousseau pose la pitié — la répugnance à voir souffrir son semblable — comme lien originaire (un écho de Mencius). Et la perfectibilité : l'homme naît plus démuni que l'animal, et cette faiblesse le rend éducable — mais aussi corruptible.

Mary Wollstonecraft (v. 1797)
Wollstonecraft & Olympe de Gouges : la fragilité fabriquée
La « délicatesse » des femmes n'est pas naturelle mais produite par l'éducation (Wollstonecraft) : la première grande théorie de la vulnérabilité fabriquée. Olympe de Gouges l'inscrit dans le droit — et le paie de sa tête : la parole exposée au sens littéral.

Emmanuel Kant (v. 1790)
Kant : finitude et dignité, ou pourquoi un être parfait n'aurait pas de devoir
Kant fonde la dignité sur l'autonomie rationnelle : la personne a une valeur sans prix, fin en soi. Mais le devoir lui-même atteste notre finitude. Ce fondement protège-t-il chaque personne, ou exclut-il ceux dont la raison est altérée — l'enfant, le dément ?

G. W. F. Hegel (Berlin, 1831)
La lutte pour la reconnaissance, ou la vulnérabilité comme moteur de l'histoire — bilan de la saison
La dialectique du maître et de l'esclave : c'est l'esclave, par la peur de la mort et le travail, qui accède à la liberté — la vulnérabilité comme moteur de l'histoire. Bilan de la modernité, et coda : Louise Michel au procès de la Commune, qui réclame sa part.
Éclaireurs des saisons à venir
35 cours d'avant-garde
Søren Kierkegaard, dessin (1838)
Kierkegaard : l'angoisse, ou le vertige de la liberté
Kierkegaard : l'angoisse n'est pas peur d'un objet mais vertige de la liberté devant le possible et le néant — elle révèle la vulnérabilité ontologique du soi. Pathologie à soigner, ou seuil de la liberté et de la foi ?

Friedrich Nietzsche (1882)
Nietzsche : la faiblesse qui se venge et la force qui dit oui
Nietzsche soupçonne la faiblesse : le ressentiment distille une morale entière, quand l'amor fati promet de transmuer l'exposition en oui affirmateur. Héroïsme cruel niant la pitié, ou plus haute acceptation du blessable ?

Charles S. Peirce (1891)
Peirce et le pragmatisme : l'univers exposé au hasard

Edmund Husserl (vers 1900)
Husserl : le corps vécu, ou la chair exposée au monde
Le corps vécu (Leib), via Merleau-Ponty : je ne suis pas un esprit logé dans un corps-objet, je suis ma chair exposée et perceptive. Le « je peux » est-il maîtrise, ou d'abord passivité subie ?

Fleurs de cerisier, Cent vues d'Edo (1856)
Mono no aware : l'impermanence sans tragique

L'homme musculaire, la chair (1543)
Merleau-Ponty : la chair et la passivité
Simone de Beauvoir : la fabrique des corps vulnérables

Simone Weil, portrait (1942)
Simone Weil : le malheur qui change l'homme en chose, et l'attention qui le ressuscite
Simone Weil : le malheur change l'homme en chose et le fait taire ; l'attention est l'unique réponse juste à la blessure d'autrui. Lucidité sur la détresse, ou complaisance dans la souffrance ?
Arendt : la fragilité de l'action et le droit d'avoir des droits

Portrait d'un vieillard en rouge (v. 1652)
Levinas : le visage
Levinas : vulnérabilité, otage, substitution

Mère et enfant (1890)
Carol Gilligan : une voix différente, ou la morale entendue par l'oreille du care
Carol Gilligan : une « voix différente » qui part de la relation et du besoin, non de l'individu autonome. Voix féminine au risque d'essentialiser, ou voix humaine longtemps mal entendue ?

L'Enfant malade, scène de soin (vers 1660)
Joan Tronto : les phases du care, le care comme politique
Joan Tronto sort le care de la psychologie morale pour en faire une question politique : quatre phases, distribuées selon les lignes de domination. Politiser le care le sauve-t-il ou le dilue-t-il ?

Planche botanique, l'épanouissement du vivant (1887)
Nussbaum et MacIntyre : la capabilité, l'animal dépendant, et le seuil de la dignité
Nussbaum (capabilités) et MacIntyre (animaux rationnels dépendants) contre l'homme autonome : la dépendance est la règle, pas l'exception. Fonder la dignité sur les capabilités protège-t-il ou exclut-il les capacités profondément altérées ?

Mère et enfant, le soin hors-langage (1890)
Le polyhandicap : la vie hors langage
La vie hors langage : naissance de la catégorie « polyhandicap » (du tri de 1954 à la loi de 2005), d'après le mémoire de David. Classer, est-ce réduire ou reconnaître ? La communication non verbale réfute-t-elle le critère « parole » ?

Les Vieilles (Le Temps et les vieilles)
La démence : la vulnérabilité narrative

La Maison de fous (1812-1819)
La folie : la parole disqualifiée

Une expérience sur un oiseau dans la pompe à air (1768)
L'animal : « peuvent-ils souffrir ? »
La nature et les générations futures : étendre l'éthique à ce qui ne réclame pas

Plan du Panoptique (1791)
Foucault : la biopolitique, ou la vulnérabilité prise en charge
Ouverture des politiques de la vulnérabilité — Foucault et la biopolitique : quand le pouvoir prend en charge la vie, la vulnérabilité devient une catégorie de gouvernement.
Giorgio Agamben : la vie nue, ou la vulnérabilité capturée par le pouvoir
Achille Mbembe : la nécropolitique, ou le pouvoir de faire mourir

Allégorie de la Justice et de la Vérité (1543)
Martha Fineman : le sujet vulnérable, ou l'État responsif
Martha Fineman remplace le sujet libéral autonome — un mythe — par le sujet vulnérable universel, fondant un État responsif qui distribue inégalement la résilience. Universaliser la vulnérabilité protège-t-il ou dilue-t-il ?
Dire la maladie, cumuler les expositions : Sontag, Lorde, Crenshaw
Mahmood et Spivak : qui décrète qui est vulnérable, qui peut parler ?

Allégorie de la Justice et de la Vérité (1543)
Vulnérabilité pathogène : quand l'institution qui protège blesse
La vulnérabilité pathogène : quand la réponse même à la blessure produit la blessure. L'autonomie relationnelle sépare le remède du poison. L'institution, remède ou poison ? (résonance ESMS)