Sources vérifiées au RAG (corpus Weaviate) : Martha Nussbaum, The Therapy of Desire (Princeton, 1994 — chapitre « Skeptic Purgatives » sur le scepticisme pyrrhonien). Non indexés, signalés comme tels : Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes (cité via Nussbaum) ; Diogène Laërce, livres VI (cyniques) et IX (Pyrrhon) ; toutes les anecdotes cyniques (Diogène de Sinope, Cratès, Hipparchia) ; Michel Foucault sur la parrhêsia (écho annoncé, hors corpus).
Souvenons-nous du Jardin que nous venons de quitter. Épicure répondait à l'exposition humaine par la réduction : réduire le besoin au nécessaire, réduire la visibilité par le retrait, réduire la terreur maîtresse par l'argument qui dissout son objet — la mort n'est rien pour nous, puisque nous ne coexistons jamais avec elle. Et nous avons quitté l'enclos sur le verdict en demi-teinte de Martha Nussbaum : une cure complète de la peur de mourir risquerait d'éteindre l'amour de la vie dont cette peur est l'ombre portée, car la peur est une réponse à la valeur. Restaient deux écoles, les plus étranges de la saison, et ce cours leur appartient. La première pousse la logique de la forteresse jusqu'à son point de fuite : si la souffrance vient des croyances, comme le diagnostiquaient déjà le Portique et le Jardin, alors le remède radical n'est pas de corriger les croyances — c'est de n'en plus tenir aucune. Ne plus juger, pour ne plus trembler : c'est Pyrrhon, et après lui la tradition sceptique jusqu'à Sextus Empiricus. La seconde école retourne le problème comme un gant : au lieu de se retrancher de ce qui peut être pris, s'entraîner à vivre comme si tout était déjà pris — froid, faim, opprobre —, et découvrir qu'au fond du dénuement volontaire il y a une liberté que nul ne peut confisquer. C'est Diogène, le chien, et les cyniques. Deux stratégies en apparence opposées — l'une suspend, l'autre s'expose —, et une même promesse : ne plus pouvoir être atteint. La question du cours sera de savoir si nous tenons là deux forteresses de plus, ou les deux premières fissures du programme de forteresse lui-même.
Commençons par l'homme dont la tradition fait l'origine, en avouant d'emblée que cette origine est à moitié légendaire — Nussbaum elle-même écarte avec un sourire « la Vie de Pyrrhon, passablement romanesque », comme pièce probante. Pyrrhon d'Élis, donc, au quatrième siècle avant notre ère : la doxographie — Diogène Laërce, livre neuvième, non indexé à notre corpus, paraphrase à vérifier — le fait peintre d'abord, puis philosophe ; surtout, elle l'embarque dans l'expédition d'Alexandre jusqu'à l'Indus, où il aurait rencontré ces sages nus que les Grecs appelèrent gymnosophistes. Il n'a rien écrit ; son disciple Timon parle pour lui ; et les anecdotes qui l'entourent — l'imperturbable qui ne fait pas un écart devant les chariots, le sage qui, dans la tempête, montre aux passagers terrifiés un petit cochon occupé à manger et dit que telle est l'ataraxie du sage — sont des blasons plus que des archives (non indexé — à vérifier). Retenons du blason ce qu'il dessine : une imperturbabilité non pas conquise par la doctrine, mais obtenue par soustraction de toute doctrine ; et gardons en mémoire, pour la fin de ce cours et pour le pont de fin de saison, le détail du voyage indien — car l'historiographie se demande sérieusement si l'ataraxie pyrrhonienne n'a pas des racines à l'est de la Grèce, et notre quatrième saison commencera précisément là. Le scepticisme comme école organisée est plus tardif : il renaît dans l'Académie, puis se systématise chez Énésidème et trouve son encyclopédiste en Sextus Empiricus, médecin grec du deuxième siècle de notre ère, dont les Esquisses pyrrhoniennes sont notre source majeure — non indexée à notre corpus : notre accès passe ici encore par Nussbaum, qui leur a consacré le chapitre de son livre au titre éloquent, « les purgatifs sceptiques ».
Voici la machine, telle qu'elle la reconstruit. Le sceptique est un chercheur déçu qui a trouvé autre chose que ce qu'il cherchait. Comme tout le monde, il a commencé dogmatique : troublé par les contradictions du monde, il cherchait la vérité — et Nussbaum s'arrête sur la lettre de Sextus, qui décrit ce chercheur d'avant la conversion comme cherchant « de manière à être délivré du trouble » : le grec, note-t-elle, emploie une proposition de conséquence et non de but, « pour donner l'impression qu'on n'a pas besoin d'attribuer à cette personne une fin liée à l'ataraxie : elle s'ensuit, simplement, comme un résultat ». L'artifice grammatical n'est pas un détail, nous y reviendrons — c'est la première pierre du procès. En chemin, donc, le chercheur découvre que sur toute question, les arguments s'équilibrent : à toute thèse s'oppose une antithèse de force égale — c'est l'isosthénie. De cet équilibre naît, sans qu'on la décide, la suspension du jugement — l'épochè : on ne nie pas, on n'affirme pas, on s'abstient. Et alors se produit le miracle que l'école raconte par sa plus belle parabole, celle du peintre Apelle, que Nussbaum restitue : Apelle, peignant un cheval, n'arrivait pas à rendre l'écume de la bouche ; de rage, il jeta son éponge contre le tableau — et l'éponge, en s'écrasant, fit l'écume. Ainsi vient l'ataraxie au sceptique : il ne la cherche plus, il ne la poursuit pas — « elle lui arrive par hasard, tuchikōs », elle est « comme une ombre qui suit la suspension de la croyance ». Qu'on savoure le retournement : tuchikōs, par chance — la tukhē, l'ennemie de toute notre saison grecque, celle contre laquelle le programme de forteresse entier s'est construit, devient ici le mode de livraison de la paix. Le sceptique ne combat plus la fortune ; il a cessé de jouer contre elle, et c'est elle qui lui apporte le calme. Après quoi il continue de vivre — il mange quand la faim le pousse, suit les coutumes de sa cité, exerce son métier — « il s'en va avec la vie », sans rien tenir pour vrai ; s'il enseigne, s'il soigne — Sextus était médecin —, il procède, dit Nussbaum, « comme un médecin méthodiste », guidé par l'expérience et la perception du cas, « sans croire que ceci ou cela est sain, sans croire qu'une certaine procédure produira une certaine fin ».
Mesurons ce que cette machine fait à notre problème. La Stoa réévaluait le dehors : rien d'extérieur n'est un bien. Le Jardin dissolvait l'objet de la pire peur : la mort n'est rien. Le sceptique fait un pas de plus, et c'est le dernier pas possible dans cette direction : il débranche l'assentiment lui-même. La vulnérabilité de l'âme, dans toute la psychologie hellénistique, passe par la croyance — je souffre de ce que je tiens pour un mal, j'espère ce que je tiens pour un bien, et par ces jugements le dehors entre en moi et me tient. Suspendez le jugement, et le dehors perd sa prise : ce qui arrive glisse. Les affections forcées demeurent, l'école l'a toujours concédé — la faim tenaille, le froid mord, la douleur est là ; le sceptique ne prétend pas ne pas sentir (tradition générale de l'école, paraphrase — non indexé). Mais la souffrance humaine est presque toujours double : la morsure, plus l'opinion que la morsure est un mal, que demain elle reviendra, qu'elle est injuste, qu'elle me définit. C'est cette seconde couche, la couche d'opinion, que l'épochè supprime — et nos sources donnent l'image exacte de ce qui reste : les affections, « correctement reçues, n'ont pas à lutter contre elles-mêmes ; elles n'ont qu'à glisser hors de l'esprit, sans s'arrêter pour s'y loger ». Glisser sans se loger : voilà l'âme sceptique — non pas une citadelle aux murs épais, mais une surface sans aspérités, où rien ne s'accroche. C'est l'invulnérabilité par le téflon plutôt que par le granit ; et c'est, de tout le programme de forteresse, la version la plus économe — elle n'exige ni la métaphysique de la vertu, ni la physique des atomes : seulement l'art d'opposer les arguments jusqu'à l'équilibre, et la patience de laisser le calme venir en ombre.
Et pourtant — peut-on vivre ainsi ? La question est le titre même que Nussbaum donne à son examen, et sa réponse, en deux temps, est l'une des plus fines de tout son livre ; elle sera notre controverse. Premier temps, la charge logique : le sceptique a un secret, et ce secret est un dogme. Pourquoi pratique-t-il l'épochè plutôt que rien ? Pour l'ataraxie. Mais alors il tient l'ataraxie pour un bien — il est attaché à une fin, et « être engagé, c'est être exposé au trouble ». L'école connaît l'objection, et sa réponse officielle est la parabole d'Apelle : l'ataraxie n'est pas visée, elle échoit. Nussbaum n'en démord pas : « remarquez cependant comme l'insistance sur la valeur de l'ataraxie revient sans cesse » ; le sceptique « dit fréquemment des choses qui ont une saveur dogmatique » ; et s'il s'agissait de simples dérapages rhétoriques, il faudrait encore expliquer pourquoi il doit les commettre — « il doit dire des choses de ce genre pour faire voir la valeur et l'intérêt de sa thérapie… Le sceptique préfère sa voie à la voie dogmatique ; il la recommande. Il peut nuancer la recommandation de bien des manières ; mais s'il nuance son intérêt pour la fin qu'est l'ataraxie, ou s'il ne montre pas clairement que cette fin vaut mieux que le trouble, ou s'il ne manifeste pas une certaine confiance dans la relation causale entre sa méthode et l'ataraxie, alors l'entreprise entière paraîtra creuse et sans objet. » Le sceptique a donc, conclut-elle, « un attachement plus que sceptique » à cette unique fin. La forteresse sans murs a une clef de voûte, et c'est une croyance : que la paix vaut mieux que le trouble. Aucune école de la saison n'échappe à ce théorème, mais le scepticisme le rend éclatant, parce qu'il prétendait précisément n'avoir rien à défendre : il reste, au centre exact du dispositif qui suspend toute valeur, une valeur insuspendue — l'invulnérabilité elle-même, érigée en bien suprême sans examen. Retenons ce résultat, car il porte loin au-delà de Sextus : c'est peut-être le diagnostic de toute notre saison.
Second temps, pourtant — et c'est ce qui rend Nussbaum si intéressante à suivre —, la défense empirique : ce dogme résiduel concédé, la vie sceptique est-elle vivable ? Sa réponse est étonnamment généreuse. « Nikidion peut-elle vivre ainsi ? Je ne vois aucune raison qu'elle ne le puisse pas », pourvu qu'on lui accorde le principe de non-contradiction pour organiser ses pensées, et l'attachement à l'ataraxie pour organiser sa cure. Elle décrit même la trajectoire avec une précision de clinicienne : au début, « un désir passablement intense de calme pourrait être nécessaire pour vaincre l'emprise du dogme » — « mais un attachement intense à l'absence d'intensité est une étrange sorte de désir, un désir né des troubles ». À mesure que le trouble se retire, « nous pouvons nous attendre à ce que le calme de sa vie diminue toutes ses intensités, y compris l'intensité du désir de calme » ; elle continuera d'abord « par gratitude et par peur de retomber » — puis, « comme la gratitude et la peur reposent l'une et l'autre sur la croyance », ces béquilles tomberont aussi ; son attachement au scepticisme même s'affaiblira, « mais cela n'aura pas d'importance, car ce sera désormais une habitude, et elle continuera, simplement ». Et Nussbaum de conclure : « je ne vois aucune raison pour laquelle un être humain ne pourrait pas vivre ainsi » — d'autant, ajoute-t-elle dans une phrase qui est pour notre série un panneau indicateur, que « la pratique sceptique a beaucoup en commun avec les philosophies thérapeutiques orientales, qui peuvent l'avoir influencée, et qui nous fournissent maint exemple empirique d'un mode d'existence détaché tel que celui que Sextus recommande ». Le scepticisme offre donc, dit-elle, « une alternative viable au dogme épicurien », peut-être plus efficace pour atteindre une fin semblable. Mais qu'on regarde le portrait qui reste sur la table : une vie qui continue par habitude, sans croyance, sans gratitude, sans peur, toutes intensités diminuées, glissante à elle-même comme le monde lui glisse. Vivable, oui. Mais qui vit ? La cure sceptique réussit si bien qu'à la fin il n'y a plus personne pour s'en féliciter — et l'on retrouve, par le chemin le plus inattendu, la question que cette saison pose à chaque école et que le prochain cours instruira pour de bon : la paix parfaite a le visage de l'anesthésie, et l'on ne sait plus dire si le patient est guéri ou éteint.
Traversons maintenant l'agora, car l'autre école du jour n'a jamais quitté la place publique — et tout, chez elle, est inverse. Diogène de Sinope : un exilé — la tradition raconte qu'il fut banni, lui ou son père, pour avoir altéré la monnaie, et qu'un oracle lui aurait enjoint, à double sens, de « falsifier la monnaie en cours », paracharattein to nomisma : déprécier non les pièces, mais les valeurs reçues, les conventions — nomisma, c'est aussi la coutume (Diogène Laërce, livre VI — non indexé, paraphrase à vérifier). Tout le cynisme est dans ce jeu de mots fondateur. L'homme vit dans une jarre, mange sur la place, fait de son corps et de sa misère un théâtre permanent ; les Athéniens l'appellent le chien — kuōn, d'où « cynique » — et il prend l'insulte pour blason. Là où le sceptique suspend, Diogène s'expose. La tradition lui prête un entraînement méthodique à l'épreuve : étreindre des statues glacées en hiver, rouler sa jarre sur le sable brûlant en été, mendier à des statues « pour s'exercer au refus » (non indexé — à vérifier). Qu'on voie la logique, car elle est rigoureuse : la fortune ne peut frapper que ce qui n'a pas encore été frappé ; celui qui s'inflige d'avance, volontairement, le froid, la faim, le mépris, a déjà encaissé tout ce que la tukhē tenait en réserve — il vit dans la ruine comme chez lui, et la ruine ne peut plus lui arriver. C'est la praemeditatio stoïcienne, mais en acte et non en pensée : Sénèque répétait les malheurs le soir à la plume ; Diogène les répète dans sa chair, tous les jours, en public. Et de cette pauvreté d'entraînement sort le plus célèbre des face-à-face : Alexandre, maître du monde, debout devant la jarre, offre au chien tout ce qu'il voudra — ôte-toi de mon soleil, répond Diogène (non indexé — à vérifier). L'anecdote est trop belle pour être une archive, comme celle du naufrage de Zénon ; mais comme elle, elle est exacte en tant que blason : entre celui qui peut tout donner et celui qui n'a besoin de rien, le rapport de force vient de s'inverser — et la tradition veut qu'Alexandre ait dit : si je n'étais Alexandre, je voudrais être Diogène.
Il faut nommer ce que le cynisme fait à notre concept, car c'est un déplacement que rien, dans la saison, n'annonçait. Toutes les écoles précédentes traitaient la vulnérabilité comme le problème, et l'invulnérabilité comme la solution — elles ne différaient que sur l'ingénierie. Diogène est le premier à faire de la vulnérabilité exhibée un instrument. Sa misère n'est pas subie : elle est montrée, mise en scène, retournée contre la cité comme un miroir — voilà, dit le corps nu et sale du chien, tout ce dont vous avez peur ; regardez comme on y vit. L'impudeur cynique, l'anaideia, est une ascèse de la honte : la honte est la blessure sociale par excellence, celle qui tient chacun par le regard des autres ; qui s'entraîne à n'avoir plus honte de rien a désarmé la cité entière — on ne peut pas humilier qui a déserté l'honneur. Et la parrhêsia, le dire-vrai effronté, en découle : celui qui n'a ni biens à confisquer, ni rang à perdre, ni réputation à salir est le seul qui puisse tout dire à tous — au maître du monde comme au passant. La franchise cynique n'est pas un trait de caractère, c'est le dividende politique du dénuement ; et Michel Foucault, dans ses derniers cours, fera de cette parrhêsia cynique un chapitre central de son histoire du courage de la vérité — notre neuvième saison le retrouvera (non indexé — à vérifier). Ajoutons la pièce que la tradition conserve comme une anomalie précieuse : Hipparchia, de bonne famille, qui contre les siens choisit Cratès, le cynique bossu héritier de Diogène, sa besace et sa vie de chien, et qui répond à qui s'en scandalise qu'elle a donné au savoir le temps que d'autres donnent au métier à tisser (Diogène Laërce VI — non indexé, paraphrase à vérifier). Dans une saison où la philosophie est presque exclusivement affaire d'hommes libres, la seule école qui admette une femme à l'égal — et par la porte de la rue, non du salon — est celle qui a aboli le respectable. Ce n'est pas un hasard : là où il n'y a plus d'honneur, il n'y a plus de places assignées.
Alors, deux forteresses de plus, ou deux fissures ? Faisons droit aux deux lectures, car elles structurent la fin de la saison. Lecture continuiste : sceptique et cynique restent des athlètes de l'invulnérabilité — l'un par soustraction du juger, l'autre par soustraction de l'avoir ; le télos est le même qu'au Portique et au Jardin, l'imprenabilité du soi, et le cynique n'expose son corps que parce qu'il a déjà mis son véritable bien — sa liberté — hors d'atteinte ; son dénuement est le mur le plus épais de la saison, simplement il est invisible. Et la critique politique mord ici aussi, des deux côtés : la vie sceptique suppose un métier, des coutumes praticables et un monde assez paisible pour qu'on s'y laisse couler — Hécube ne peut pas suspendre son jugement sur le rivage de Troie ; et la vie cynique suppose une place publique, un auditoire, une cité prospère dont mendier les restes et scandaliser les notables — le chien est un parasite de la ville qu'il mord, et sa liberté spectaculaire ne propose rien à ceux dont la misère n'est pas choisie. Le dénuement volontaire est un luxe du volontaire : entre Diogène et le mendiant que personne ne regarde, il y a toute la différence entre une ascèse et un sort. Mais la lecture discontinuiste a, elle aussi, ses preuves, et notre série la retient comme une graine plantée pour très longtemps. Avec le sceptique, le programme de forteresse avoue pour la première fois son dogme caché — la paix érigée en bien suprême — et montre son prix : une vie en habitude, toutes intensités éteintes. Avec le cynique, quelque chose d'inouï entre dans notre histoire : l'exposition volontaire comme puissance — la blessure montrée qui désarme, le corps offert qui accuse, la honte désertée qui libère le dire-vrai. Vingt-cinq siècles plus tard, quand notre première saison citait les théoriciennes contemporaines pour qui la vulnérabilité peut être une force de résistance et non une simple faiblesse à protéger, c'est cette graine-là qui aura germé — et il faudra se souvenir qu'elle fut semée par un exilé sans droits, dans une jarre, aux marges du canon (écho à S1c6, paraphrase — la généalogie précise reste à vérifier). Le geste 1, se fortifier, contenait donc déjà son propre débordement : à force de chercher l'imprenable, Diogène a découvert autre chose — que s'exposer peut être une arme. La série y reviendra, geste après geste.
Récapitulons, et inscrivons le cours dans la grille de la série. Quatre variantes du programme de forteresse sont désormais sur la table : l'annexion stoïcienne — rien dehors n'est un bien ; la réduction épicurienne — presque rien dehors n'est requis ; la suspension sceptique — rien n'est tenu pour vrai, et la paix vient en ombre, tuchikōs, par cette fortune même qu'on a cessé de combattre ; l'exposition cynique — rien à perdre, donc rien à craindre, et la misère retournée en chaire de vérité. Deux acquis traversent le cours et porteront loin. Le théorème de Nussbaum, d'abord : toute thérapie de l'invulnérabilité garde au centre une croyance insuspendable — que la paix vaut mieux que le trouble — et un prix récurrent — l'extinction des intensités, jusqu'à celle du désir de paix ; la forteresse parfaite est habitée par une habitude, non par quelqu'un. La découverte cynique, ensuite : la vulnérabilité peut être maniée — montrée, choisie, politisée — et cesser d'être un simple subir ; première apparition, encore tout enveloppée d'ascèse, de ce que notre histoire retrouvera chez ses penseuses contemporaines. Reste à instruire le procès que la saison repousse depuis son premier cours, celui dont Posidonius a ouvert le dossier et que chaque école a aggravé : tuer la passion, est-ce encore vivre une vie humaine ? L'apatheia — stoïcienne, mais le mot vaudra pour toutes les cures de la saison — passe en jugement au prochain cours : charges anthropologique, logique, morale et politique, défenses, et le verdict que la série proposera sans le fermer. C'est le débat central, et nous y entrons.
Sources
- Martha Nussbaum, The Therapy of Desire (Princeton, 1994), chapitre « Skeptic Purgatives » — la définition par la suspension totale (« the Skeptical position involves suspension about all beliefs, and it is this total suspension that they connect with the practical benefit ») ; l'attachement plus que sceptique à l'ataraxie (« a more than Skeptical attachment to ataraxia… he has to say things like this in order to display the value and point of his therapy… The Skeptic prefers his way to the dogmatic way; he recommends it… if he qualifies his interest in the end of ataraxia… then the whole enterprise will look hollow and pointless »). (Vérifié au RAG, cert. 0,84.)
- Nussbaum, Therapy of Desire, « Skeptic Purgatives » — « to be committed is to be liable to disturbance » ; « notice, however, how emphasis on the value of ataraxia keeps coming back » ; la saveur dogmatique (« the Skeptic frequently says things that have a dogmatic flavor ») ; le chercheur d'avant la conversion cherchant la vérité « so as to be free of disturbance » (PH 1.26) et l'analyse de la proposition de conséquence (« a result clause and not a purpose clause… it just falls out as a result »). (Vérifié au RAG, cert. 0,82.)
- Nussbaum, Therapy of Desire, « Skeptic Purgatives » — la réponse officielle : « Ataraxia just comes by chance, tuchikōs… He does not seek it out, he does not believe in it: it just happens to him » ; la parabole d'Apelle et l'éponge ; « it is like a shadow that follows the suspension of belief (DL 9.107, PH 1.29) » ; le médecin méthodiste (« He has no belief that this or that is healthy, no belief that a certain procedure will produce a certain end »). (Vérifié au RAG, cert. 0,82.)
- Nussbaum, Therapy of Desire, « Skeptic Purgatives » — les affections qui glissent (« they need only slide along out of the mind, not pausing to lodge there ») ; « Can Nikidion live like this? I see no reason why she cannot, provided that she allows herself the principle of non-contradiction… and a commitment to ataraxia » ; « an intense attachment to the absence of intensity is a funny sort of desire, a desire born of troubles » ; la trajectoire (gratitude et peur reposant sur la croyance, le calme qui diminue toutes les intensités, « even the intensity of the longing for calm »). (Vérifié au RAG, cert. 0,81.)
- Nussbaum, Therapy of Desire, « Skeptic Purgatives » — l'affaiblissement final de l'attachement au scepticisme lui-même (« But this will not matter, since by now it will be a habit, and she will just go on ») ; « I see no reason why a human being could not live like this » ; la Life of Pyrrho « rather fanciful » ; la parenté orientale (« Skeptical practice has a great deal in common (and may be influenced by) Eastern therapeutic philosophies, which provide us with many empirical examples of a detached mode of existence like the one Sextus recommends ») ; « a viable alternative to Epicurean dogma, one that may, as he says, prove more effective in getting to a similar end ». (Vérifié au RAG, cert. 0,81.)
- Non indexés, signalés dans le cours : Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes — cité uniquement via Nussbaum ; à ingérer (trad. fr. existante). Diogène Laërce, livre VI (Diogène de Sinope : la monnaie falsifiée, la jarre, les statues, Alexandre, Cratès et Hipparchia) et livre IX (Pyrrhon : le voyage indien, les chariots, le cochon dans la tempête) — toutes les anecdotes en paraphrase prudente, à vérifier ; ingestion prioritaire. Michel Foucault, Le courage de la vérité (parrhêsia cynique) — écho annoncé pour la Saison 9, hors corpus. Le lien cynisme → théories contemporaines de la vulnérabilité-résistance (S1c6) est une hypothèse généalogique de la série, à étayer.